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Naissances sous X, quel est le hic  ?

En mathématiques, le X est considéré comme l’inconnue. Pour le trouver, il faut connaître les règles. Pour les naissances sous X, c’est un peu la même chose. Depuis la Révolution française (1793), une femme a le droit, lorsqu’elle accouche, de ne pas révéler son identité et de confier son enfant à l’Aide sociale à l’enfance. Celui-ci est alors dit « né sous X ». Il ne connaît pas ses origines : ni l’identité de sa mère biologique ni son histoire. Chaque année, en France, environ 600 enfants naissent sous X.

La mère biologique peut rester entièrement anonyme ou choisir de laisser certaines informations à destination de l’enfant. « Les démarches sont longues et périlleuses. Il n’y a que très peu de chance de retrouver l’identité de sa mère biologique si aucune information n’a été laissée à la naissance », confie Camille Lhuillier, 25 ans et née sous X. Vous pouvez retrouver les démarches envisageables par les mères et les enfants dans la vidéo ci-dessous.

 

Accoucher sous X, pourquoi ?

Une femme enceinte n’a pas toujours la possibilité de s’occuper de son enfant. Les raisons peuvent être multiples. « Il peut s’agir de femmes dépendantes sur le plan matériel, de mineures, de femmes mariées ou de femmes qui sont dans des situations économiques très difficiles. Elles peuvent ainsi avoir recours à l’accouchement sous X », explique le Conseil national d’accès aux origines personnelles (Cnaop). Le Cnaop a pour rôle de conserver les informations sur la mère biologique, si elle a décidé d’en fournir, et d’aider les enfants nés sous X qui souhaitent découvrir leurs origines.

En France et au Luxembourg, la loi protège ces femmes en les autorisant à ne pas déclarer leur identité. A l’origine, le droit d’accoucher sous X a été mis en place pour réduire le nombre d’infanticides. Avant la loi, « certaines femmes pouvaient y avoir recours afin de ne pas garder leur enfant », indique Timothée Alingrin, ancien membre Emmanuel SOS Adoption. Avec ce droit, les femmes peuvent accoucher anonymement à l’hôpital et confier directement leur enfant à l’Aide sociale à l’enfance. Ce dispositif a pour but d’éviter les accouchements et les abandons clandestins, qui mettent en danger des femmes déjà en difficulté et des enfants.

La recherche des origines

L’accouchement sous X n’est cependant pas anodin. Il peut avoir des conséquences psychologiques pour la mère, mais aussi pour l’enfant. En cause pour ce dernier : l’inconnue de ses origines. « Le fait d’avoir été abandonné à ma naissance m’a causé de nombreux problèmes. Ça fait 50 ans que je remue ciel et terre. J’ai été traumatisée, déclare Madeleine Christophel, toujours à la recherche de ses origines à plus de 80 ans. Ce que je veux c’est connaître mon histoire, savoir d’où je viens, comment je m’appelle. »

Au-delà du nom et du prénom de la mère, « il est essentiel pour un enfant de connaître ses antécédents médicaux. C’est une question de sécurité pour lui », défend Camille Lhuillier. En effet, si jamais l’enfant subit une intervention médicale, il est essentiel que le médecin sache si certaines maladies se sont déclarées dans sa famille biologique.

Ainsi, un débat entre les associations souhaitant protéger les femmes accouchant sous X et les associations défendant le droit de connaître ses origines existe depuis de nombreuses années. « Je pense qu’il faut trouver un compromis entre protections de ces femmes et le droit des enfants à connaître leurs origines, suggère Camille Lhuillier. Ne pas obliger la mère biologique à déclarer son identité, mais que certaines informations soient écrites dans le pli fermé. »

Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus encouragées à laisser des informations à l’enfant. Un débat toujours présent en France. Sollicité en permanence par les acteurs des naissances sous X, le CNAOP cherche, depuis de nombreuses années, à concilier les demandes des deux partis.

Robin LEMOINE et Coline BUANIC

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