Prises de risque : une dose de science !

La face cachée du sexting

Si vous ne savez peut-être pas le nommer, vous connaissez sans doute le sexting, mot-valise de sexe et texting –ou texto en Français. Cette pratique qui consiste à effectuer une photo ou une vidéo érotique –comme se montrer nu(e)–ou pornographique de soi pour ensuite la diffuser via les outils informatiques de partage actuels n’est pas sans risque…

Au départ, c’est une simple volonté de plaire qui suscite l’envoi d’une photo intime comme « cadeau » d’un(e) adolescent(e) à son (sa) petit(e) ami(e). Mais le cadeau, mal interprété ou pire, partagé avec d’autres, peut virer au cauchemar… Sophie Delmotte, médecin généraliste, s’est penchée sur le sujet au cours de sa thèse intitulée « Le sexting chez les adolescents : modalités, conséquences, rapports avec la pornographie et leur sexualité ». C’est sous la direction de Carine Martin, responsable d’enseignements d’un diplôme de sexologie à Lille, responsable d’un centre de planification à Armentières et gynécologue à Jeanne de Flandres, qu’elle a réalisé une étude prospective chez 337 adolescents de 13 à 17 ans dans le Nord de la France en 2016.

Comment en êtes-vous arrivée à travailler sur ce sujet ?

Carine Martin : De manière plus générale, l’âge d’exposition des jeunes aux images pornographiques est en moyenne en dessous de 12 ans. Il y a un réel phénomène de perte de contrôle au niveau éducatif. Pour moi, on n’en parle pas assez !

Sophie Delmotte : Des parents étaient venus consulter pour leur jeune fille qui avait envoyé une photo érotique à son petit copain et elle avait fait le tour du collège… avec des conséquences psychologiques indéniables. J’ai ainsi découvert le sexting.

Quelle est la fréquence de cette pratique chez les adolescents ?

C. M. : Je ne voyais pas ça il y a dix ans, maintenant c’est quelque chose de fréquent. Au centre de planification, nous rencontrons chaque semaine des jeunes filles qui pratiquent le sexting et qui en sont victimes.

S. D. : Le sexting est une pratique fréquente chez les adolescents. Dans l’étude, nous montrons que les adolescents de 13 à 17 ans sont 20 à 25 % à avoir déjà fait des photos ou des vidéos érotiques ou pornographiques. Les photos érotiques étaient plus réalisées par rapport aux photos pornographiques et le plus souvent destinés au petit ami. Mais 18 % d’entre eux étaient destinés à des inconnus.

Comment expliquer la généralisation des ces comportements chez les adolescents ?

C. M. : Les adolescents se construisent et prennent confiance en eux en se testant et en adoptant des comportements à risque. Or le sexting touche à l’interdit. Par ailleurs, les adolescents cherchent à redevenir eux-mêmes alors qu’il y a eu plein de changements au niveau de leurs corps. Ils cherchent à tester leur potentiel de séduction et cette pratique leur permet de s’affirmer, de toucher les limites… Le sexting réunit beaucoup de ce qui caractérise le développement de la vie intime, de la vie érotique et de la sensualité à cet âge-là.

S. D. : C’est une autre façon de séduire, d’entretenir une relation. D’ailleurs, environ 25 % des adultes le pratiquent aussi. C’est une expérimentation de la vie liée à l’adolescence : on explore plein de choses, on explore son corps. Ils peuvent aussi trouver ça joli et avoir envie de le partager.

Quels sont les résultats de votre enquête en matière de pratique du sexting ?

S. D. : Le plus surprenant était les liens entre le sexting et la vie sexuelle. 80 à 85 % des ados qui s’adonnaient à cette pratique avaient déjà eu des rapports sexuels. Donc jeunes ! Mais le sexting est plus pratiqué par les ados de 15 à 17 que ceux de 13 à 15. Il y a donc une évolution avec l’âge : ça peut être un mode d’entrée dans la sexualité ou pour entretenir la relation. Les 13/15 ans qui n’ont pas de petit(e) ami(e) s’y intéressent moins. Autre point notable, les photos sont destinées aux intimes alors que les vidéos sont autant partagées avec les inconnus que les amis ou petit(e)-ami(e). Peut-être ont-ils moins conscience qu’une vidéo peut se garder…

Quelles sont les conséquences de ces comportements pour les jeunes ?

C. M. : En général, les problèmes se posent au sein des établissements scolaires : les adolescents dont la photo a été partagée peuvent être montrés du doigt, ce qui peut conduire à un isolement, des conduites dépressives voire des tentatives de suicide. Mais le sexting n’est pas le seul responsable : ce sont souvent un ensemble de conséquences lié à cet âge. Quelqu’un de solide va pouvoir passer au-dessus et même va réussir à se défendre, quelqu’un de fragile peut passer du mauvais côté.

S. D. : Lors de l’étude, j’ai été choquée par le nombre de conséquences suite à ces échanges de photos et de vidéos. Angoisses, dépressions, tentatives de suicides, hospitalisations… étaient décrits par 28 % des adolescents !

Comment les prévenir ?

C. M. : C’est souvent quand les images échappent à l’expéditeur que les problèmes se posent. Il faut donc sensibiliser les jeunes à l’attention à l’image et leur expliquer de ne pas laisser de traces, que ce soit sur le téléphone, la tablette ou l’ordinateur. J’estime que cette sensibilisation aux images érotiques et pornographiques devrait commencer dès l’école primaire en leur expliquant qu’ils seront confrontés à des images qui vont les choquer mais que ce n’est pas la réalité. En tant que parent, il faut vraiment en parler à nos enfants en leur disant qu’il y a des choses fausses, des choses choquantes. Il faut informer.

S. D. : En ce qui concerne le sexting, le conseil principal est d’anonymiser au maximum les lieux et les visages. Il ne faut pas montrer son visage ou avoir de gros signes distinctifs. De plus, il faut expliquer que la personne qui reçoit la photo n’interprète pas forcément de la même façon que celle qui l’envoie. L’expéditeur peut trouver ça joli et le récepteur non.

Comment les soulager en cas de traumatisme ?

C. M. : Il faut aussi travailler sur le rapport au corps et la fierté sexuelle féminine : on a une jolie poitrine et alors ? Ce n’est pas parce qu’on a montré une photo de son décolleté qu’on est une salope ! Mais il faut aussi être solide à la base… Il faut développer la différence, parler sentiments, affectivité, sensualité… tout en donnant confiance. La sexualité est très positive quand c’est partagé. C’est fait pour faire du bien, pour se faire plaisir mais ça peut aussi être fait en faisant du mal. Or ton corps t’appartient ! Voilà pourquoi il est important de revoir l’image du corps, de respecter le sien mais aussi celui de l’autre.

Propos recueillis par Alexandra Pihen

 

Bon à savoir !

Sexting, grooming (sollicitation sexuelle en ligne d’un mineur par un majeur), sextorsion (chantage à la webcam)… vous n’êtes pas seuls ! Le site Pointdecontect.net (http://www.pointdecontact.net/), site français soutenu par la Commission Européenne, permet de signaler anonymement n’importe quel contenu ou comportement choquant ou suspect et toute photo ou vidéo à caractère sexuel impliquant des mineurs afin qu’elles soient supprimées d’internet.

A lire en BD !

Le sexting : http://www.pointdecontact.net/sites/default/files/pdc-images/le-sexting-afpi.pdf

La sextorsion : http://www.pointdecontact.net/sites/default/files/pdc-images/la-sextorsion-afpi.pdf

Le grooming : http://www.pointdecontact.net/sites/default/files/pdc-images/le-grooming-afpi.pdf

 

 

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