Prises de risque : une dose de science !

Binge drinking : quand le cerveau trinque !

Boire beaucoup d’alcool en un temps très court. Tel est le concept du binge drinking ou biture expresse essentiellement pratiqué chez les adolescents et les jeunes adultes. Outre les conséquences immédiates de ces ivresses record, qui peuvent aller jusqu’au coma, l’impact de ces événements est-il anodin à moyen et long terme sur des cerveaux en pleine maturation ? Peuvent-ils entraîner une dépendance à l’âge adulte ? Depuis 20 ans, Mickaël Naassila, neurobiologiste à l’Inserm (ERi 24 – GRAP/Université de Picardie Jules Verne/Amiens) planche sur le sujet. Spécialiste des problématiques d’addiction à l’alcool, il nous aide, grâce aux travaux récents de son laboratoire, à démêler le vrai du faux.

Peu importe la vitesse de consommation, c’est la quantité d’alcool dans le sang qui compte.

VRAI et FAUX

Les effets délétères de l’alcool sur le cerveau dépendent non seulement de la quantité d’alcool absorbée mais aussi de la vitesse d’absorption. Et donc de la rapidité avec laquelle le pic d’alcoolémie est atteint. Le binge drinking bénéficie d’ailleurs d’une définition précise de l’Institut national sur l’abus d’alcool et l’alcoolisme. « Beaucoup » signifie au moins six verres d’alcool pour les femmes (60 g d’alcool pur) et sept (70 g d’alcool pur) pour les hommes, avec une alcoolémie atteinte supérieure ou égale à 0,8 g/l. Et le « temps très court » est de moins de deux heures.

Une biture expresse de temps en temps, ça ne peut pas faire de mal !

FAUX

C’est la forme de consommation d’alcool la plus délétère pour la mémoire des jeunes ! Deux bitures expresses –ou binge drinking– suffisent à engendrer des effets néfastes durables sur le cerveau. Pour évaluer cela, les chercheurs ont comparé des cerveaux de « binge drinkers », qui peuvent absorber jusqu’à 30 verres par session une à deux fois par semaine, et de « buveurs sociaux », consommateurs réguliers d’alcool, mais de façon plus étalée dans la semaine. A un an d’intervalle, l’imagerie cérébrale a révélé une altération de la substance blanche –composée de fibres nerveuses garantes de la communication entre les zones du cerveau– plus importante chez les binge drinkers. Or, la mémoire et les capacités cognitives liées à l’intelligence fluide, comme la résolution de problème et la conceptualisation dépendent de ces fibres. D’autres analyses démontrent aussi une perte plus importante de substance grise (neurones) chez les binge drinkers comparativement aux buveurs sociaux. Mieux vaut donc un petit verre de temps en temps –ou rien du tout– qu’une cuite par semaine !

Dans un cerveau de binge drinker, fille ou garçon, les fibres nerveuses (en vert), garantes de la communication entre les différentes zones du cerveau, sont altérées (en rouge). Crédits : M. Naassila.
Dans un cerveau de binge drinker, fille ou garçon, les fibres nerveuses (en vert), garantes de la communication entre les différentes zones du cerveau, sont altérées (en rouge). Crédits : M. Naassila.

Une cuite à 20 ans est plus nocive pour le cerveau qu’à 40.

VRAI

Même si tous les neurones sont en place dès la naissance, le cerveau ne termine sa maturation qu’autour de 20-25 ans et reste particulièrement vulnérable pendant cette période.

La consommation d’alcool n’a pas le même effet selon les sexes.

VRAI

Au même âge, la maturation cérébrale est en moyenne plus avancée chez les filles que chez les garçons. Du fait, les conséquences du binge-drinking sont différentes dans les deux groupes. Et si la substance blanche est plus affectée chez les garçons, c’est en revanche la grise (neurones) qui trinque plus chez les filles. Chez les binge drinkeuses, l’hippocampe, une structure liée à l’encodage des nouveaux souvenirs, aux apprentissages et aux émotions, est particulièrement touché.

Pratiquer le binge drinking pendant l’adolescence n’augmente pas la dépendance à l’âge adulte.

FAUX

Pour vérifier cela, les chercheurs ont exposé des rats à huit épisodes de binge drinking –alternance de 2 jours de bitures expresses et de 2 jours sans alcool– pendant leur courte adolescence (qui ne dure qu’un mois sachant que la vie moyenne d’une souris est de deux ans). A titre de comparaison, cette expérience ne fait que simuler huit week-ends de beuveries intenses… Or une fois adultes, entre l’eau et l’alcool, les rats choisissent spontanément l’alcool. Pire, contrairement à ceux dont la consommation a été étalée dans le temps, ils doivent consommer plus d’alcool pour obtenir une activation des circuits cérébraux de la récompense ! Enfin, ils présentent aussi des signes d’anxiété, absents chez les rats témoins sobres à l’adolescence. Ces derniers résultats relatifs aux troubles de l’humeur ont d’ailleurs été confirmés par une étude récente effectuée chez l’homme qui confirme une plus forte anxiété des femmes adultes –mais pas des hommes– ayant pratiqué le binge drinking à l’adolescence.

Santé !

Alexandra Pihen

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