Joyeux alunersaire !

Au-delà de la Lune…

Alain Vienne est familier des satellites naturels mais ses travaux portent sur ceux de planètes lointaines telles Saturne et Jupiter. Nous l’avons rencontré au pied de la grande lunette de l’observatoire de Lille pour qu’il nous parle de celui qui tourne inlassablement autour de la Terre. Cinquante ans après le premier pas de l’Homme sur la Lune et après nombre de missions d’explorations, notre satellite naturel conserve-t-il toujours le même attrait pour l’Homme ?

Alain Vienne, professeur des universités et directeur de l’observatoire de Lille.

Que pensez-vous de l’idée de renvoyer, 50 ans après cette aventure unique, des Hommes sur la Lune ?
Alain Vienne : “Nous n’y sommes pas retournés depuis 1972. En 2022, nous fêterons la fin de l’exploration humaine lunaire (rires). Il y a toujours un grand débat sur le fait de se déplacer ou non sur la Lune. Avec les sondes qui parcourent de longues distances dans le système solaire, nous explorons bien plus et nous prenons beaucoup moins de risques que lorsque nous envoyons des Hommes dans l’espace. Et puis, c’est très lourd d’envoyer des gens sur la Lune et de les faire revenir par rapport à un petit robot qui creuse et qui rapporte ou qui envoie des informations, comme sur Mars…”

Mais la Lune a pourtant encore des choses à nous apprendre…
A.V. : “D’un point de vue scientifique, même si nous ne connaissons pas tout sur la Lune, sommes-nous vraiment obligés d’envoyer un Homme sur la Lune pour continuer à apprendre ? C’est surtout la dimension humaine de la « conquête spatiale » qui oriente les décisions. La Lune constitue aussi une étape pour aller plus loin et ça c’est toujours intéressant. Mais cela permet aussi de donner des objectifs internationaux et de faire des avancées technologiques susceptibles de servir tout le monde. Lors de l’exploration lunaire il y a 50 ans, il a fallu former des ingénieurs, construire des fusées… et tout ce savoir faire a peut-être plus servi après l’exploration, par exemple pour les télécommunications, que pour la Lune elle-même. Quelquefois, on lance la machine économique en faisant des efforts de guerre, c’est certain qu’il vaut mieux investir dans des relances économiques sur l’exploration humaine lunaire.”

Aujourd’hui, sommes-nous technologiquement capables de retourner sur la Lune ?
A.V. : “Si quelqu’un voulait aller sur la Lune dans quinze jours, ce serait mission impossible. Nous savons théoriquement comment y aller mais, en l’état actuel des choses, nous ne pouvons pas le faire. Il faudrait reconstruire une fusée, reformer des ingénieurs… donc élaborer un programme de deux à trois ans pour y arriver. Si le savoir-faire perdure, la technologie se perd.”

L’idée de rapporter des astéroïdes en orbite autour de la Lune pour en exploiter les ressources vous semble-t-elle bonne ?
A.V. : “Il y a beaucoup d’espoirs autour des astéroïdes. Mais il ne faut pas reproduire les mauvais schémas effectués sur Terre… ça peut être intéressant mais il faut faire attention de ne pas polluer et de ne pas faire de bêtises. J’espère que d’ici leur exploitation, nous aurons évolué en matière d’humanité et d’écologie pour savoir être raisonnables : si nous savons déjà préserver les ressources de la Terre, nous pourrons éventuellement aller chercher d’autres choses ailleurs.”

Et vous, que pensez-vous d’un retour humain sur la Lune ?
A.V. : “Moi je préférerais qu’on investisse dans les sondes spatiales non habitées : la sonde Cassini nous rapporte plein d’images de Saturne pendant une dizaine d’années. C’est extraordinaire quand même. Ce n’est pas que ce n’est pas impressionnant sur la Lune, mais lorsqu’on parle de la conquête de l’espace, les gens s’imaginent qu’on va dans les étoiles. Or les astronautes envoyés dans l’espace sont bien loin des étoiles ! Ils sont autour de la Terre, vraiment tout près, à quelques milliers de kilomètres du sol… ça n’a rien à voir avec les 150 millions de kilomètres du Soleil et les 900 millions de kilomètres de Saturne. C’est comme si nous étions dans l’océan et que nous faisions un petit saut sur la berge sans aller explorer la forêt… A l’échelle des dimensions du système solaire, la Lune est vraiment juste à côté de nous et Mars pas bien loin non plus.”

Propos recueillis par Alexandra Pihen

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