Bioéthique, l’affaire de tous

Médecin et robot : amis, pour le meilleur et pour le pire ? (2)

L’avis n° 129 du Comité consultatif national d’éthique, qui va servir de base à la prochaine loi de bioéthique, se penche sur l’évolution des pratiques médicales et conclut à une réduction de la place de l’humain. Cette évolution est due à l’utilisation croissante des nouvelles technologies telles que les robots médicaux. De plus en plus de chirurgies se font avec des robots. Cela permet d’être plus précis lors de l’opération. Néanmoins, les robots n’opèrent pas encore tous seuls les patients. Le médecin est derrière, c’est un médecin augmenté. On s’est demandé comment les médecins envisageaient cette relation hors du commun. Rencontre avec Pierre Collinet, gynécologue obstétricien au CHRU de Lille.

Pierre Collinet, gynécologue obstétricien au CHRU de Lille

Nord Êka ! : Depuis quand travaillez-vous avec des robots ? Pour quel type d’opération ? Comment procédez-vous ? 

Pierre Collinet : Le CHU de Lille a été équipé en mai 2007 avec un robot Da Vinci X de la société Intuitive Surgical. Ce robot est fréquemment utilisé dans les blocs opératoires. En tant que chirurgien gynécologue, je l’utilise principalement pour le traitement des cancers gynécologiques par chirurgie minimale invasive, c’est-à-dire sans ouvrir le ventre. Il n’y a rien d’automatique. Le médecin dirige le robot à distance via une console dans laquelle il place sa tête. Grâce à deux manettes, il contrôle les bras du robot. Des sortes de pédales lui permettent d’activer des outils électriques tels que des scalpels. Une fois que le patient est endormi, le chirurgien réalise manuellement de petites incisions sur la peau du ventre. Cela lui permet d’insérer des tubes au travers de la paroi abdominale et d’y introduire des instruments de chirurgie qui seront ensuite manipulés par le robot. L’intérieur du ventre est visualisé en trois dimensions grâce à une caméra. L’utilisation du robot chirurgical permet ainsi d’avoir des gestes plus précis, sans trembler et sans ouvrir le ventre du patient.

Nord Êka ! : Comment avez-vous été formé à l’utilisation de ces robots médicaux ?

Pierre Collinet : La société qui commercialise le robot propose un cycle de formation à tout chirurgien qui débute. Il y a une formation théorique sur simulateur ainsi que des formations pratiques en école de chirurgie, dont certaines sur l’animal. Une fois certifié, on peut commencer à pratiquer, d’abord accompagné d’une personne expérimentée puis en autonomie. La durée de formation dépend beaucoup de l’expertise initiale du chirurgien : une personne qui a de l’expérience en chirurgie minimale invasive ira plus vite. On ne réapprend pas à opérer, c’est juste la manière d’opérer qui est un peu différente.

Nord Êka ! : Quel niveau d’information fournissez-vous aux patients avant une opération avec un robot chirurgical ? Comment réagissent-ils ?

Pierre Collinet : Les patients sont informés de l’utilisation de robots chirurgicaux bien avant l’opération. Ils donnent leur accord final par écrit. Je n’ai jamais eu de refus. De mémoire, j’ai peut-être eu quelques réticences, une fois ou deux. Globalement, je dirais que les patients sont plutôt confiants, car ils considèrent que c’est une innovation.

Nord Êka ! : L’emploi d’un robot chirurgical a-t-il modifié votre pratique médicale ?

Pierre Collinet : C’est une très faible partie de mon activité. Très peu de chirurgiens opèrent uniquement avec le robot, car on se partage les plages opératoires. On ne réalise pas toute la chirurgie gynécologique avec le robot. On cible des indications ou des cas opératoires qui vont être complexes et pour lesquels le surcoût du robot va être justifié, car il facilite l’exécution de la chirurgie minimale invasive. Par exemple, le robot va nous permettre de mieux opérer des patientes qui sont obèses. En moyenne, pour une intervention gynécologique, le surcoût lié à l’utilisation du robot peut varier entre 800 et 1 200 euros pour les consommables, comme les pinces qui sont réutilisables dix fois. C’est sans compter le coût de la machine ni le prix du contrat de maintenance. Le robot apporte un plus, c’est indéniable. Je pense clairement que les limites de la chirurgie sont repoussées en termes de précision, de qualité et de reproductibilité. Mais, il n’y a pas suffisamment de preuves scientifiques pour affirmer que lorsqu’on réalise une chirurgie minimale invasive avec le robot, il y a moins de complications et les durées d’hospitalisation sont plus courtes.

Nord Êka ! : Avez-vous dû faire face à des dysfonctionnements de la machine ?

Pierre Collinet : Sur les dix dernières années, je n’ai pas eu de soucis, hormis une fois un problème de batterie. Je n’ai jamais dû interrompre une intervention pour ça.

Marie Terol (@TerolMarie) et Alice Vitard (@vitardalice)

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