Bioéthique, l’affaire de tous

Les lycéens, acteurs de la bioéthique

Un jeu de rôles, drôle d’idée pour débattre de la bioéthique ! Pourtant c’est ce qu’a entrepris avec succès, auprès des lycéens de la région, Alain de Broca, responsable de l’organisation des États généraux de la bioéthique en Picardie. Pour mieux comprendre comment la région Hauts-de-France a organisé les États généraux de la bioéthique, nous avons interrogé Alain de Broca, responsable de l’organisation de ceux-ci en Picardie, membre de l’espace de réflexion Éthique Picardie et cofondateur de la revue Éthique et Santé. Il s’est rendu notamment dans les lycées et a utilisé une méthode de jeux de rôle pour dynamiser le débat.

Nord Êka ! : Pour l’organisation des États généraux de la bioéthique en Picardie, vous vous êtes rendus dans des lycées pour des débats. Pourriez-vous nous expliquer pourquoi ?

Alain de Broca : Est-ce original d’aller dans les lycées ? On va dire que non : le lycée est un lieu d’apprentissage et de discussion. Même si aujourd’hui l’éducation nationale a peu le temps de laisser des moments de réflexion dans le sens interactif entre les jeunes. Ce que certains lycées nous ont permis de faire c’est de donner du temps aux étudiants pour travailler sur une question avec leurs professeurs de philosophie, de littérature, de physique, ou encore de Sciences de la Vie et de la Terre.

Nord Êka ! : Le fait que les citoyens auxquels vous vous adressez n’aient pas encore le droit de vote vous semble-t-il un frein à l’organisation de vos débats ?

Alain de Broca : La démocratie peut exister dès lors que les gens peuvent penser. On ne peut pas apprendre à penser à 18 ans d’un seul coup. Si nous ne savons penser qu’en accumulant des connaissances, Wikipédia ferait mieux que nous. Etant spécialiste du développement de l’Homme et de l’Enfant en particulier, je peux vous dire que nous nous construisons entre 0 et 7 ans. Vous réagissez aujourd’hui par rapport à toutes les racines que vous avez pu construire durant votre enfance. Vous me demandez pourquoi les lycées ? Je dirais pourquoi pas les collèges !

Nord Êka ! : Comment se déroule une séance bioéthique dans un lycée ?

Alain de Broca : Nous leur demandons de travailler un peu sur un sujet bioéthique sur lequel nous voulons d’avancer. En général, les élèves vont chercher dans des documents, sur Internet, dans des livres qui permettent de construire leur pensée. Ensuite ma collègue de l’espace de réflexion bioéthique régional et moi-même venons les rencontrer. Il y a 3-4 ans, nous répondions à leurs questions, maintenant nous avons mis en place une méthode innovante.

Alain de Broca : Quelle est cette méthode ?

Alain de Broca : C’est la méthode des prismes. Un prisme sépare les différents rayons de lumière, ici nous séparons différents niveaux de complexité. Nous l’appelons aussi la méthode BRDP pour Bénéfices Risques Dérives Possibles. Pour appréhender la complexité, il faut savoir et oser se déplacer, prendre du recul, comprendre que chacun ne connaît qu’une partie du problème.

Nord Êka ! : Comment faire des débats selon cette méthode ?

Alain de Broca : Il y a trois niveaux. Le premier consiste à mettre « en situation » les participants dans les différents rôles des personnes impliquées. Si j’étais malade, que ferais-je ? Je vais me mettre à la place de l’assurance, du médecin, qui de toutes manières est débordé, du ministère de la santé, qui lui veut donner pour tous les soins optimums et le meilleur pour tous. A la deuxième étape, le participant va préparer des verbatims, des petites phrases, pour exprimer des inquiétudes. Pour finir, nous pouvons la question des bénéfices, risques et dérives potentielles. S’il y a des bénéfices, comment les augmenter ? S’il y a des risques, comment les éviter ? Et s’il y a des dérives potentielles, comment s’en prémunir ?

Edoxie Allier et Alice Vitard

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